Rétromobile et le musée national de la Voiture de Compiègne fêtent les 120 ans de Renault

Cette année, Renault va fêter ses 120 ans au salon Rétromobile 2018. Ce sont des modèles uniques du musée de la voiture de Compiègne qui seront exposés porte de Versailles pour le plus grand plaisir des amoureux de l'histoire automobile. 

L’aventure commence dans le petit cabanon du fond du jardin de la propriété familiale à Boulogne- Billancourt. Louis Renault, quatrième garçon d’Alfred Renault, qui a fait fortune dans la fabrication des boutons, se passionne pour la mécanique. Il bricole à vingt-et-un ans un tricycle de De Dion- Bouton qu’il transforme en quadricycle en y apportant une quatrième roue. Il imagine aussi un nouveau système, la prise directe, qui supprime courroie et chaine de transmission, peu propices au bon rendement du moteur dont la puissance est encore faible. Le brevet est déposé le 9 février 1899, tandis que la voiturette Renault type A, qui a déjà rencontré ses premiers clients lors du fameux réveillon de 1898 dit de la rue Lepic, est mise en fabrication.

Le 29 février 1899, les deux frères de Louis Renault, Marcel et Fernand, investissent et fondent la Société Renault Frères dont le siège social est au 10 avenue du cours à Billancourt.

Voiturette Renault
Carrosserie du type Tilbury, moteur monocylindrique à ailettes de 1 3/4 CV fabriqué par la Firme
de Dion-Bouton.

Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Jean-Pierre Lagiewski

A la voiturette de type A succède le second modèle produit par les frères Renault, la type B de 1900, une des premières conduites intérieures du marché, dont le musée national de la Voiture possède un exemplaire également présenté à Rétromobile en février prochain. Comme la type A, elle est dotée d’un moteur De Dion-Bouton, et sa carrosserie s’inspire de celle des fiacres qui circulent encore dans les grandes villes.

Petit coupé de ville Renault, type C Moteur de Dion-Bouton monocylindrique de 3 CV, allumage par magnéto.

Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Tony Querrec

L’année suivante, en 1901 sort la type D, également équipée d’un moteur De Dion-Bouton. Si l’exemplaire du musée national de la Voiture a connu quelques évolutions, il a été offert à l’institution par le marquis de Dion en avril 1936. Celui-ci rappelle d’ailleurs que les moteurs De Dion-Bouton furent montés par M.-M. Renault frères « dès le début et jusqu’en 1902-1903 ». Ces trois premières automobiles Renault pouvaient atteindre 30 à 45 km/h.

Renault 1901 type D

Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Jean-Gilles Berizzi

Dès août 1899, les frères Renault comprennent que pour se faire connaître, il faut s’engager dans les courses automobiles qui connaissent alors un étonnant succès public et dans la presse. Marcel et Louis décrochent dès leur première course, de nombreuses victoires dans la catégorie voiturette, jusqu’au décès accidentel de Marcel dans le tragique Paris-Madrid de 1903. Le pilote François Szisz prend désormais les rennes de l’écurie Renault.

Automobile de course Renault, 1903. Album photographique (musée national de la Voiture, CMV. 31.058.53)

La renommée de la marque s’étend, comme les usines de Billancourt tandis que la Compagnie des Fiacres parisiens commande 1500 taxis équipés du nouveau taximètre mécanique. Suite au décès de Marcel et à la maladie de Fernand, Renault frères est dissoute et la Société des Automobiles Renault est fondée le 1er octobre 1908. Louis est le seul maitre à bord, les innovations se multiplient, la production progresse : en 1907, Renault représente 14 % de la production automobile française (179 voitures en 1900 ; 1179 à 5100 entre 1905 et 1910).

Ernest Montaut, D. Guizz sur Renault, vers 1900, fonds du musée national de la Voiture (Inv. CMV. 2010.003)

 

1907, date de la quatrième automobile Renault du musée national de la Voiture sortie exceptionnellement des réserves pour être exposée à Rétromobile : cette limousine de luxe de type V, présente une carrosserie signée Million Guiet et Cie, un des carrossiers parisiens les plus renommés. Sur les portières figurent, discrètes, les armes de la famille de Bourbon-Parme : l’aristocratie adopte l’automobile, mais garde encore un chauffeur.

Illustration 6: Limousine Renault aux armes de la famille de Bourbon Parme, 1907 (musée national de la Voiture, CMV. 99.001)

Coupé chauffeur Renault

Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / image RMN-GP

Le type V constitue le haut de gamme de Renault et sort des usines de Billancourt entre 1904 et 1908 ; le type CC , produit entre 1911 et 1912, également. Pareillement inspiré des véhicules hippomobiles, le double coupé limousine de 1911 récemment acquis par le musée national de la Voiture, est représentatif des automobiles de grand luxe réalisées par Renault avant la première guerre mondiale : la carrosserie est signée Kellner et fils, célèbre carrossier parisien, le moteur 4 cylindres est un moteur Renault, l’intérieur rappelle la sellerie hippomobile.

 Le Ministère de la Culture et de la Communication, par l’intermédiaire de la Direction générale des Patrimoines et du Service des Musées de France, avec la participation du fonds du patrimoine, a permis cette acquisition remarquable, qui est présentée pour la première fois et en exclusivité au public au salon Rétromobile de février 2018.

 L’authenticité de ces deux automobiles de luxe Renault constitue une des caractéristiques principales et essentielles de la politique d’acquisition et de restauration du musée national de la Voiture, dont les collections sont traitées et considérées comme des œuvres d’art, représentatives du génie créatif humain. En l’occurence ici, celui de Louis Renault, de ses frères et de ses équipes, mais aussi celui de l’industrie française de l’automobile du début du 20e  siècle, qui était alors la plus brillante au monde.

Double coupé limousine, Renault, type CC, 1911 (musée national de la Voiture).