Prototype CHAUSSON CHS

Le témoin retrouvé d'une épopée industrielle était présent au salon Rétromobile

Si le nom de Chausson reste associé aux célèbres autocars, la société assura pendant 90 ans bien d'autres productions majeures. La découverte fortuite en 2012 d'un prototype de microcar, lors d'une vente aux enchères à Silverstone, permet de retracer l'histoire passionnante de cette grande entreprise industrielle française.

Chausson - L'empire industriel de deux frères chaudronniers

En 1942, au sein des Usines Chausson réquisitionnées par l’armée allemande, un bureau d’études clandestin développe dans le plus grand secret un prototype de microcar. Les rationnements de matières premières de l’après-guerre rendront sa mise en production impossible. Un seul prototype roulant est fabriqué, le N° 0001. Il réapparait aujourd’hui en exclusivité au salon Rétromobile après 70 ans d’oubli. Remarquée par son design précurseur et ses nombreuses innovations technologiques, cette voiture est le témoin d’une véritable épopée industrielle, celle de la Société des Usines Chausson.

Salon de l'automobile 1924 stand Chausson - radiateurs

Partis de rien, les frères Chausson ont bâti au siècle dernier un groupe leader dans de multiples secteurs. En 1917, dix ans après sa création, Chausson est déjà le plus important fabricant mondial de radiateurs d’avions. En 1950, il est le premier constructeur français de cars. Chausson devient le premier fabricant de radiateurs au niveau mondial en 1973 et le premier constructeur européen de véhicules utilitaires légers au début des années 1980. Pas mal pour des compagnons chaudronniers venus de l’Yonne avec une simple sacoche à outils...

Chausson - Transport caisses Dyna aluminium 1954

La saga Chausson

En 1907, deux frères - Gaston et Jules Chausson - lancent à Asnières-sur-Seine leur entreprise de chaudronnerie spécialisée dans les radiateurs pour l'industrie naissante de l'automobile. Année après année, grâce à Corre, Panhard, Berliet, Mors, Clément... le chiffre d'affaires explose. La Grande Guerre arrivant, Chausson s'oriente vers l'aviation et ses radiateurs équiperont 80 % des avions alliés. A la fin du conflit l'entreprise a changé d'échelle, passant de 350 salariés en 1914 à 2.000 en 1918, avec un chiffre d'affaires multiplié par 16 !

Au tournant des années trente Chausson fait des choix audacieux et se lance dans l'emboutissage de carrosseries avec la reprise de Gallay, et surtout du constructeur Chenard & Walcker. Avant la seconde guerre mondiale, la société devient un véritable groupe qui pèse le tiers du chiffres d'affaires de Peugeot.

Chausson - Carrosserie CHS 1942

 

L'activité clandestine de ses bureaux d'études pendant la guerre permettra à l'entreprise d'aborder les années cinquante avec de multiples productions industrielles : autocars, camionnettes, radiateurs, réfrigérateurs... et même train et avion !

C'est l'âge d'or pour Chausson dont les cars sillonnent les routes, les radiateurs équipent une large partie de la production automobile française, et les usines produisent à plein régime les caisses des "Versailles", "PL17", et "Dauphines". Mais la perte progressive du contrôle de la société, associée à la disparition de la seconde génération familiale, entraîneront un basculement du pouvoir au profit de puissants clients-actionnaires. Chausson devient un sous-traitant de plus en plus dépendant et, malgré une taille respectable (le groupe emploie 18.150 personnes en 1973) et de vrais succès industriels (premier fabricant de radiateurs au niveau mondial), les commandes de Peugeot et Renault sont totalement vitales pour l'entreprise. De l'usine de Gennevilliers sortent les camionnettes "J7" pour Peugeot, les "R15" et "R17" de Renault sont produites à Maubeuge.

Chausson - Montage R17 - Maubeuge 1972

Creil a en charge les coupés et cabriolets "304" Peugeot, puis la "104". Au fil du temps le plan de charge baisse, et les crises consécutives aux deux chocs pétroliers, ainsi que les aléas stratégiques de ses actionnaires, porteront une série de coups fatals à Chausson. Le dépôt de bilan de 1993 sonnera le glas d'une aventure entrepreneuriale d'exception.

Le prototype Chausson CHS

Élaboré pendant l'occupation, ce prototype de microcar très élaboré portait l'ambition de l'entreprise pour l'après-guerre. Conçu pour une production industrielle de grande série, la fabrication du cabriolet s'avérera impossible en France compte tenu des restrictions d'acier en vigueur à l'époque. Importé au Royaume Uni par un passionné d'automobiles convaincu de son potentiel, Tom Delaney, les mêmes raisons produisirent les mêmes effets et la mise en production échoua. Après de multiples tentatives de fabrication, la CHS finira par être oubliée dans un garage britannique pendant près de 70 ans... jusqu'à ce jour de 2012 où Christophe Chausson, petit-fils de l'un des deux fondateurs, acquiert le prototype lors d'une vente aux enchères. Patiemment restauré par une équipe de spécialistes, le prototype sera exposé pour la première fois à Rétromobile.

Le récit d'une innovation oubliée

L'aventure de cet étonnant prototype s'inscrit dans celle de l'entreprise qui le fit naître. Un ouvrage inédit retraçant l'histoire des Usines Chausson et du prototype CHS sera disponible à l'occasion du salon Rétromobile 2017. Abondamment illustré, ce livre de 176 pages écrit par Christophe Chausson permet de découvrir une entreprise méconnue qui fut l'un des fleurons de la construction automobile en France. Vous pouvez télécharger un extrait du livre ou bien le commander via le site Chausson CHS.

Couverture du livre dédié à Chausson CHS

La société O-ONE est l'entreprise ayant restauré le Prototype Chausson CHS.