McLaren, par Richard Mille

Partenaire de l’écurie de F1, l’horloger Richard Mille nous fait revivre les grandes heures de la firme anglaise de voitures de course créée par le champion Bruce McLaren. 

L’histoire commence par un record. Bruce McLaren court depuis à peine une saison en grand prix lorsqu’il devient le plus jeune pilote de l’histoire de la Formule 1 (22 ans et 80 jours) à remporter une épreuve – le grand prix des Etats-Unis 1959 – au volant d’une Cooper. Son record tiendra jusqu’en 2003. Né le 30 août 1937 à Auckland, ce fils d’un excellent pilote devenu garagiste était plutôt féru de rugby lorsqu’une grave fracture à une jambe l’éloigne définitivement des terrains. Il a quinze ans lorsqu’il débute en sport auto. Il rejoint l’Europe et accumule de l’expérience dans une multitude de disciplines avant de débuter en F1 lors du grand prix d’Allemagne en 1958.

Le champion Néo-Zélandais enchaîne les succès et fonde en 1963, parallèlement à son engagement en F1, la structure Bruce McLaren Motor Racing chargée de développer et d’engager des voitures en Formule Tasmane et en CanAm. A l’exemple de Jack Brabham qui avait été son mentor, Bruce McLaren décide de voler de ses propres ailes à la fin de la saison des F1 1500. Il quitte Cooper dont il était devenu le premier pilote pour fonder sa propre écurie de F1. Pour dessiner sa première F1 3 litres à l’aube de la saison 1966, il s’assure le concours d’un jeune ingénieur prometteur, Robin Herb. Ce dernier choisit de construire la coque en mallite, un matériau composite composé d’un sandwich de balsa et d’aluminium offrant de grandes qualités de résistance à la torsion. Il faudra attendre les années 1980 et les coques en carbone pour égaler une telle rigidité. Durant sa première saison sous ses couleurs, Bruce McLaren multiplie les déconvenues. Présentée à Rétromobile, la première F1 McLaren, la M2 B, est desservie par son V8 Ford Indy. Le passage au V8 Serenissima en cours de saison améliora un peu les résultats.

La victoire aux 24 Heures du Mans au volant d’une Ford GT40 sauva sa saison du Néo-Zélandais. Pour la saison 67, McLaren décida de commander un V12 à BRM. A partir du milieu de la saison, la nouvelle voiture (M5 A) commença à jouer les premiers rôles. A Monza, McLaren disputa la victoire jusqu’à la casse de son moteur. A partir de la saison suivante, McLaren décide de jouer la sécurité et installe le V8 Ford-Cosworth dans ses F1. Reconnue pour être la plus belle monoplace, la M7A débute la saison en fanfare en remportant deux courses hors championnat à Brands-Hatch et à Silverstone. Cette année-là, endeuillée par la disparition des champions Jim Clark et Jo Schlesser, Denny Hulme reste en lice pour le championnat jusqu’à la fin mais échoue sur la plus petite marche du podium. McLaren a gagné ses galons de top team : la jeune écurie anglaise est 2ème. Ce résultat encourage le pilote Bruce McLaren à prendre une semi-retraite afin de se consacrer à son activité de constructeur. S’il renonce à la F1, il n’est pas question de quitter le championnat nord-américain CanAm dont l’écurie est devenue l’un des principaux protagonistes. Ses barquettes orange débordant de chevaux dominent les courses.

De 1967 à 1971, les pilotes McLaren se partagent le titre. Bruce ne participera pas à la saison 70. Lors d’une séance d’essais privés, le pilote-constructeur se tue sur le circuit de Goodwood le 2 juin au volant de la M8D avec laquelle il devait courir le 14 juin à Motsport. L’écurie va lui survivre mais ce n’est qu’en 1974 qu’elle entre dans l’histoire en remportant les deux titres Pilotes avec Emerson Fittipaldi et Constructeurs. James Hunt récidive deux ans plus tard à l’issue d’une saison âprement disputée contre la Ferrari Niki Lauda. Avec l’avènement des jupes et des turbos, McLaren, comme d’autres écuries des années 70, rentre dans le rang. L’arrivée de Ron Dennis, l’ancien mécanicien de Brabham, aux commandes de l’équipe et le recrutement de l’ingénieur John Barnard ouvrent une période de succès. Avec la MP4/1 à coque en fibre de carbone, Barnard a créé une F1 qui va faire école. Animées par le V6 turbo Tag Porsche, les McLaren de Niki Lauda et Alain Prost se partagent les victoires et les titres. L’écurie de Woking connaît son apogée lorsque Ayrton Senna rejoint Prost.

Durant la saison 1988, McLaren écrase littéralement la concurrence, s'adjugeant quinze courses sur les seize que comptait le championnat, réalisant dix doublés et réalisant quinze fois la pole position. La monoplace MP4-4 s'avère la meilleure machine, bien aidée par le bloc Honda et Ayrton Senna voit son talent récompensé par le titre des pilotes. C’est à cette époque que Gordon Murray devient le directeur technique. Talentueux et entreprenant, Murray caresse le rêve, avec Dennis, de commercialiser la supercar définitive. Ce sera la F1, une GT à trois places frontales propulsée par un V12 BMW de 6 litres. De ce modèle superlatif est décliné une variante de compétition qui gagne les 24 Heures du Mans 1995. Cette voiture engagée par une écurie japonaise ne faisait pas partie des favoris mais pilotée sans erreur sous une pluie battante, elle permet à Yannick Dalmas de remporter la troisième de ses quatre victoires sarthoises, en compagnie de JJ Lehto et de Masanori Sekiya.

Aujourd’hui, McLaren est, derrière Ferrari, l’écurie la plus titrée de la Formule 1 et la plus ancienne. Cette année, elle ouvre un nouveau chapitre avec le motoriste Renault.