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2018 - EXPO INEDITE Hommage à Carlo ABARTH

Relancée voici dix ans, la marque italienne a damé le pion aux plus grandes marques au cours des Trente glorieuses. Une aventure explorée par une vingtaine de modèles extraits de la magnifique collection suisse d’Engelbert Möll.

Au royaume des sorciers de la mécanique, la France avait Amédée Gordini. L’Italie : Carlo Abarth. Ce dernier était né Karl au cœur d’un empire austro-hongrois à l’aube de vaciller. Le 15 novembre 1908, Dora Taussig, héritière d’une famille d’industriels du textile, met donc au monde un garçon au caractère bien trempé. A l’adolescence, il manifeste une forte attirance pour la mécanique et plus particulièrement ceux destinés aux motocyclettes. Après avoir débuté chez l’artisan Castagna & C. à Vienne, son destin bascule, une première fois, lorsqu’il rejoint l’atelier Motor Thun dirigé par le comte Thun. Cette officine engage des motocyclettes dans les épreuves de renom. La défection d’un pilote de l’écurie lui vaut de se retrouver au grand prix de motocyclettes d’Autriche en avril 1928. Meilleur temps des essais libres et des qualifications : Karl ne manque pas son entrée dans le grand monde. La course lui échappe à la suite d’un incident mécanique. Ce n’est que partie remise. Parti chez Degean en 1928, il obtient sa première grande victoire le 29 juillet 1928 au guidon d’une Grindlay-Peerless. L’année suivante, Karl devient pilote officiel chez James puis DKW jusqu’au 4 mai 1930 où un grave accident l’éloigne des circuits pendant deux ans. Il revient à la compétition avec un side-car de sa conception. Il remporte le « Casque d’Or » à Munich en 1933. Sa notoriété dépasse les frontières de l’Autriche lorsqu’il gagne son pari d’aller plus vite que l’Orient-Express sur le tronçon Ostende-Vienne.

Salon RétroMobileCopyright : Remi Dargegen
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En 1938, il est sollicité pour courir sous les couleurs de l’Italie, la patrie de son père revenu vivre à Merano, dans le Trentin. Alors que l’Europe est une nouvelle fois sous le feu des bombes, Carlo est victime d’un accident à Lubiana. Il y passe la guerre. A la fin du conflit, il rejoint son père en Italie et multiplie les contacts avec le milieu. En 1946, Ferry Porsche lui accorde la représentation pour l’Italie du prestigieux Porsche Konstruktionbüro de Stuttgart. Avec le concours de l’ingénieur Rudolf Hruska, Abarth se retrouve ainsi propulsé sur le devant de la scène pour conduire l’accord conclu entre Porsche et Piero Dusio, le fondateur de Cisitalia, pour la conception d’une monoplace à moteur central. Lorsque la « 360 » est terminée, Piero Dusio a déjà émigré en Argentine, à la suite de la faillite de Cisitalia. La voie est libre pour que Carlo Abarth poursuive son aventure sous une nouvelle identité.

La naissance de la marque

Le 31 mars 1949, un notaire de Bologne enregistre l’association de Carlo Abarth et d’Armando Scagliarini sous l’entité Abarth & C. Le 17 juin, une filiale de la société se constitue au n°10 de la rue Trecate, à Turin. En guise d’indemnité de son ancien employeur, Carlo est parti avec cinq Cisitalia qu’il va modifier et engager en compétition sous la marque Abarth qui a reçu, en cadeau de naissance, un blason frappé d’un scorpion sur fond rouge et jaune. Outre la conception et l’engagement de voitures de course, Abarth étend ses activités à la fabrication d’accessoires pour améliorer les performances des voitures de grande diffusion. L’artisan italien devient réputé pour ses systèmes de changement de vitesses au volant et ses collecteurs d’admission et ses pots d’échappement spéciaux. Les Mille Miglia 1950, la première participation des Cisitalia transformées en Abarth, se soldent par une cinquième place au général. Le salon de Turin 1950 sert de rampe de lancement à la première véritable Abarth, la berlinette Tipo 204 A berlinette Monza Vignale (dérivée de la Cisitalia Type 204) tandis que le grand champion Tazio Nuvolari vante les mérites de la jeune société dans les publicités. Bertone, Ghia, Boano, Michelotti, Pininfarina, Vignale, Zagato, les plus grands carrossiers italiens, habillent les Abarth.

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Copyright : Remi Dargegen
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Si Fiat fournit le plus souvent les bases mécaniques, Abarth flirte avec Alfa Romeo, Simca et Renault. Un nouveau pas est franchi en 1956 avec le lancement de la Fiat Abarth 750 GT. Cette année-là, pour montrer que ses modèles n’ont rien à envier à la concurrence en termes de fiabilité et de sécurité, Abarth entreprend une campagne de records de vitesse. Elle se solde par une moisson de succès. En 1959, Abarth emploie 200 personnes. Les années soixante marquent son irrésistible ascension. Présent sur tous les fronts, le Scorpion est même chargé de concevoir la série de Porsche 356 Carrera 1600 GTL dessinée par Franco Scaglione. A partir de 1962, l’association avec Simca, cousin français de Fiat, donne naissance à une série de berlinettes très performantes. En parallèle, les Fiat Cinquencento transformées en Abarth animent les pelotons des championnats pour voitures de Tourisme. La légèreté et l’agilité des barquettes fait aussi des merveilles dans le championnat d’Europe de la Montagne. La consécration arrive en 1967 avec le titre de Champion du monde des Marques en Sport 1ère division acquis par la OT 1300.

Cette année est marquée par la réalisation de la Fiat-Abarth 6000 Prototipo Le Mans (type 140), une machine d’endurance animée par un V12 6 litres de 610 ch. Un changement de réglementation coupa les ailes de ce projet et l’on vit éclore des protos mus par un V8 de 3l litres. En 1962, Bruce McLaren obtient la première victoire en GT. Entre 1962 et 1967, Abarth ne gagna pas moins de 6 championnats du monde en division 1 GT. 

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Les nuages qui s’abattent sur l’économie Italienne n’épargnent pas Abarth. Le 15 octobre 1971, le groupe Fiat annonce le rachat de la société Abarth. On vit encore des barquettes défendre les couleurs Abarth en compétition mais au nom de la rationalisation, le Scorpion devient le département compétition du groupe Fiat mais aussi le label des modèles sportifs de Fiat. Alors que les 131 Abarth trustent les victoires en rallyes, Carlo Abarth s’éteint le 24 octobre 1979 à son domicile de Vienne. En 1981, la société Abarth est dissoute dans le groupe Fiat. Fin 1986, l’arrêt des programmes sportifs de Lancia, en endurance et en rallyes, signifie la mise en sommeil d’une grande partie des activités d’Abarth. Il faut attendre le salon de Genève 2007 pour voir Abarth renaître.